Ouragan
Laurent Gaudé Ed. Actes Sud, 189p, 18€.
Le 29 août 2005, la tempête Katrina approche de la Nouvelle-Orléans. En quelques heures elle va dévaster la région. Des milliers de personnes, en majorité des Noirs, vont tout perdre et se refugier dans un stade. Laurent Gaudé fait de ce cyclone le décor d’une catastrophe qui met des personnages à l’épreuve du ciel et de la terre. Des prisonniers s’évadent, un ancien ouvrier d’une plateforme pétrolière revient à contre courant pour tenter de sauver la femme et l’enfant qu’il avait abandonnés, un curé démoniaque joue les imprécateurs. Chacun à sa façon incarne un échantillon représentatif de la misère, de la grandeur et de la servitude humaines. Au centre de cet enfer, Josephine Linc. Steelson « négresse depuis presque cent ans » transmets sont énergie vitale aux survivants de cette ville oubliée du monde. Pivot et âme de ce roman, elle refuse de capituler. Avec l’énergie du désespoir elle se dresse face à ce déluge. Laurent Gaudé écrit comme un auteur dramatique. Ce roman possède la tension et l’intensité d’une tragédie antique avec son chœur noir et ses héros fragiles et prométhéens. Il vous emporte et vous empoigne dans le temps et l’espace d’une catharsis foudroyante. De chaque page monte la beauté et la puissance d’un gospel profond et rythmé. Il gronde encore longtemps après son passage. Soufflant!
Corps.
Fabienne Jacob. Ed. Buchet-Chastel, 160p, 13,50€.
“Je n’aime pas les femmes comblées, tout le monde pense qu’elles sont heureuses elles ont tout pour l’être. Je ne le pense pas, elles ne sont pas heureuses j’aime mieux les femmes à qui il manque quelque chose celles qui désirent à celles qui possèdent. J’aime mieux celles qui continuent d’attendre qui continuent de palpiter.” Monika travaille dans un institut de beauté en Lorraine. Chaque jour elle observe et écoute les femmes qui défilent dans sa cabine. La plupart ne sont plus très jeunes, plus très belles. En manipulant leur chair, elle pénètre loin dans leur esprit. En lui abandonnant leurs corps elle lui ouvrent leurs regrets, leurs détresse, mais aussi leurs espérances. Monika n’aime pas les corps parfaits, intact de femmes lisses ; elle préfère ceux qui vivent vécu et en portent les marques. Les portraits épidermiques et précis qu’elle fait de ses clientes sont parfois brouillés par ses propres souvenirs d’enfance. Le tout compose une galerie de portraits des femmes qui dépasse les apparences pour toucher l’essentiel. Charnel, émouvant et drôle. Un perle dans la marée littéraire de la rentrée.
Les sœurs Brelan
François Vallejo. Ed. Viviane Hamy 280p, 22€.
A la mort de leur père, trois sœurs, Sabine, Marthe et Judith, menacées d’être mises sous tutelle par une cousine cupide, se replient dans la grande maison de famille. Leur résistance scandalise. Pour garder leur indépendance, Sabine et Marthe travaillent. L’une dans un cabinet d’architectes, l’autre chez un entrepreneur allemand qu’elle épousera. Le premier compte sur le mariage de la seconde pour emporter des marchés à Berlin. Peu à peu, l’une et l’autre prennent l’ascendant sur ces hommes. Quant à la benjamine, idéaliste et provocante, elle joue avec le feu au point que la police s’intéresse à elles. Réuni, le trio fera-t-il taire la calomnie ? De son écriture souple et incisive François Vallejo brosse une intrigue à la Chabrol que Simenon aurait aimé lire. Le coup de pâte ironique de Vallejo donne à cette histoire la tournure d’une comédie humaine inédite et brillante. Un brelan de dames gagnant.
VERBATIM
C’est une chose étrange à la fin que le monde.
Jean d’Ormesson. Ed. Robert Laffont, 314p, 21€.
« Je passe pour un écrivain léger -je ne m’en défends pas- mais je voulais me mesurer à des questions graves. C’est mon roman le plus hardi, le plus ambitieux. Je le porte depuis longtemps. Ce n’est pas l’âge qui me l’a fait écrire. Il m’est venu d’un sentiment d’étonnement, de gaîté, d’admiration et de gratitude devant la vie. Cette disposition est assez peu répandue aujourd’hui. On préfère l’ironie et la dérision. Cependant je suis lucide et je n’ignore ni la souffrance, ni les douleurs, ni la peur. Je sais que cette vie que j’ai tant aimée est une vallée de larmes. Dans ce livre Dieu observe, commente -j’espère en souriant- la beauté et à la complexité du monde, la grandeur et la médiocrité des hommes. Pour essayer de régler ce problème je mets ce grand romancier face à la totalité de l’histoire de l’univers, des sciences, de la mythologie et des religions. Bien sûr j’aborde la question de la mort. Comment l’éviter? Nous ne mourrons pas, nous mourons. Heureusement, car l’idée de ne pas mourir me fait horreur. En m’emportant dans l’immense courant du temps, ce livre m’a guéri de mon angoisse face à la vie. »