MAR.10
3

Folie ordinaire

La cinquième édition du « Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux » (pourquoi mentaux et pas chapeaux ?) ou DSM V, vient d’être mise en ligne (www.dsm5.org). A paraître en 2013, ce bréviaire de la psychiatrie permet, à partir d’indices incontestables, de départager malades et bien portants. Fadas, doux dingues, déviants, toqués, fous furieux ou de bassan, difficile d’y échapper. Vaste choix d’entonnoirs à l’intérieur, chacun sera servi selon sa folie. » Lire la suite de cet article

MAR.10
3

Ciné. La Tisseuse***, de Wang Quan An

Lily est ouvrière dans une usine de tissu en Chine. Entre les cadences infernales des machines et une vie conjugale terne, elle ne parvient pas à s’épanouir. A la différence de ses collègues, les sorties à la discothèque du coin ne l’attirent pas, sans doute parce qu’elle est fière et sauvage. Quand elle apprend qu’elle est condamnée par la maladie, elle entreprend un voyage à la recherche de son premier amour. Une expérience qui lui ouvre les yeux sur la réelle valeur de sa vie. Illuminée d’un bout à l’autre par le beau sourire triste de l’actrice Yu Nan, la tisseuse est un magnifique portrait de femme qui plonge sans complaisance dans une intimité rugueuse. Emotion et justesse se conjuguent dans des scènes simples de la vie quotidienne, marché au poisson, temps de pause des ouvrières devant l’usine, promenade de bord de mer.

MAR.10
3

Ciné. Precious***, de Lee Daniels

Precious, seize printemps, a la nature et la culture contre elle. Ca fait beaucoup… Obèse, illettrée, mais avec un versant imaginaire développé, elle s’efforce de survivre à Harlem entre une mère, véritable tyran domestique, et un père absent. Mieux vaut d’ailleurs que le paternel ne traîne pas trop dans ses pénates, car chacun de ses retours se solde par un bébé pour la jeune fille… Renvoyée dans une école alternative où on ne la regarde plus tout à fait comme de « la sale graisse noire à virer », elle apprend à reprendre son destin en main.
Avec un tel sujet, l’écueil du misérabilisme était quasi imparable. Pourtant à aucun moment le film ne s’y heurte. Une réussite due en grande partie à l’interprétation de la toute jeune Gabby Sidibe, une actrice non professionnelle. Une belle force tranquille et majestueuse émane de son physique de mastodonte.

MAR.10
3

Ciné. The Ghost writer***, de Roman Polanski

Un « nègre » (Ewan Mc Gregor) accepte de retravailler le manuscrit des mémoires de l’ancien premier ministre britannique, Adam Lang (Pierce Brosnan). Une tâche qui démarre sous de mauvais auspices. Son prédécesseur est en effet mort dans de bien étranges conditions. Voilà notre homme dépêché sur une île déserte de la côte est des Etats-Unis dans la villa ultra-contemporaine de l’ex-ministre, qui sent son nid de vipères à trois lieues à la ronde. Très vite Lang est impliqué dans une affaire de crime contre l’humanité et disparaît. Son sourire carnassier n’apparaîtra plus que sur écran… Livré à lui-même ou presque, le nègre mène l’enquête. La narration fine mouche multiplie les pistes, fausses et vraies : thriller politique, rivalités entre épouse et secrétaire, règlement de compte… Rythme trépidant, dialogues parfaits avec touches d’humour à froid, montage rapide et net, le tout dans un décor de tempêtes d’hiver sublimes, d’atmosphères de ports hors saison… Polanski nous sert du grand, du très grand.

MAR.10
3

Ciné. L’Arbre et la forêt**, d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Taciturne, Frédérick (Guy Marchand) préfère se confier aux arbres qu’il fait pousser plutôt qu’aux humains. Depuis plus de soixante ans, il est détenteur d’un lourd secret. Seule sa femme (Françoise Fabian) et son fils aîné, Charles, le connaissent. La mort de ce dernier conduit enfin Frédérick à révéler à ses proches ce qu’il avait tu. Quand il finit par asséner le coup, son fils cadet et sa petite-fille sont sous le choc… Huis clos familial, L’Arbre et la forêt explore avec finesse le filon narratif du secret de famille en le raccordant à celui de la transmission. La révélation de la vérité intervient tard dans la vie de Frédérick. Les jeux, ou plutôt les dégâts…, sont déjà faits. Les enfants ne sauraient se construire sur le mensonge de leurs parents, telle est la « leçon freudienne » de ce film. Interprétation sobre et juste, intéressante tension narrative et en prime de beaux plans d’arbres centenaires… Bref, une réussite.

FEV.10
18

La Régate** De Bernard Bellefroid

Alex (Joffrey Verbruggen), 15 ans, met tous son jus dans son sport préféré, l’aviron. Il faut dire que son quotidien n’est pas rose. Elevé par un père violent, Alex s’accroche et reprend l’entraînement après deux mois d’absence inexpliquée. Sergi (Sergi Lopez), son entraîneur, accepte qu’il participe aux championnats de Belgique. Sur le douloureux sujet de la violence cachée, le film réussit à décrire le combat intérieur qui mène un adolescent détruit mentalement à s’ affranchir de la tutelle pathogène de son agresseur. Parallèlement, les rapports amour-haine entre le père et le fils sont eux aussi bien analysés. Un film juste et fort.

FEV.10
18

Jeannot l’intrépide ** De Jean Image

Le petit Jeannot et ses frères se perdent dans la forêt. Ils sont capturés par un ogre qui les rapetisse et les met en cage. Jeannot, boy scout téméraire, parvient à s’échapper et sauve la reine des abeilles d’une attaque de frelons. Cette adaptation du Petit Poucet, réalisée par Jean Image en 1950 est une merveille. Humour, douceur et beauté des dessins, qualité du travail documentaire sur les insectes, plus de cinquante ans après sa sortie, ce premier dessin animé français de long métrage garde toute sa fraîcheur et sa poésie.

FEV.10
18

Fantastic Mr. Fox** De Wes Anderson

Champion toutes catégories du vol de poules, Mr. Fox, journaliste de son état, (voix de George Clooney) doit renoncer à ses activités. Marié à Felicity (voix de Meryl Streep) et père d’un jeune renardeau, disons, « différent », il part s’installer à la campagne à proximité de trois éleveurs de volailles. A l’impossible nul n’est tenu. C’est décidé… il reprend du service. Autant dire que les éleveurs ont du mouron à se faire car le fantastique Mr. Fox a plus d’une ruse sous le museau. Un film d’animation signé du formidable Wes Anderson, un sens aiguisé du détail décalé, subtil et élégant. Bref,du début à la fin, la grande classe !

FEV.10
18

Tatarak*** D’Andrzej Wajda, sortie le 17 février.

Dans des huis clos oppressants filmés en de longs plans-séquences, l’actrice Krystyna Janda évoque dans une chambre d’hôtel les derniers mois de la vie de son mari, le chef-opérateur Edward Klosinski, mort d’un cancer. Entre autres, elle évoque « la honte éprouvée par celui qui est resté vivant ». Parallèlement, elle interprète Marta, une femme de médecin, d’âge mûr, qui reprend plaisir à vivre après la rencontre dans la bourgade où elle vit avec un tout jeune homme qui lui rappelle ses deux fils morts. Leurs rendez-vous près de la rivière connaîtront eux aussi une issue tragique. Articulé autour de deux chagrins qui finissent par se fondre, l’un, réel, de Krystyna, l’autre, fictif, de Marta, Tatarak, un film autour duquel la mort rôde

littéralement, sonde le vertige où nous plonge la perte de l’être aimé. Voilà pour l’histoire, mais un film ne se résume pas à un scénario. Loin de tout pathos, Wajda filme avec infiniment de tact mais aussi de puissance les sentiments de fragilité et de nudité liées au deuil, en même temps que le retour à la vie de Marta. Un double mouvement qui se perçoit dans chaque détail qu’il filme, l’expression d’un regard, l’angoisse d’une porte fermée, un bruissement de feuilles, la couleur du fleuve sous un ciel gris. L’élégie est illuminée d’un bout à l’autre par le regard et le corps d’une actrice proprement magnifique à tous les sens du terme, Krystyna Janda qu’on n’est pas près d’oublier. Du grand, du très grand cinéma.
A signaler : Rétrospective Wajda, jusqu’au 21 mars 2010, Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, Paris12è.

FEV.10
15

Théâtre. Coup de coeur. Le Cirque de C.F. Ramuz

Drôle d’impression. Sylvie Jobert, est seule en scène. Conceptrice et interprète, elle joue ce bref monologue écrit en 1931 par l’écrivain Charles-Ferdinand Ramuz. Elle est seule, et, très vite, chaque spectateur éprouve le sentiment d’être seul avec elle. Cette intimité pudique sertie dans la petite salle du Lucernaire, renforce la présence épidermique de ce texte. Pas de doute, c’est à vous qu’il s’adresse. Ce monde du peu, de l’effort, du corps qui, sans avoir l’air d’y toucher, c’est pour nous qu’il travaille à fabriquer du merveilleux; cette femme qui fait de son mieux, c’est votre semblable, votre soeur. La modestie de ce spectacle fait d’abord le vide en vous, puis, mot à mot, son humanité  fait levier; et soudain, il vous soulève. J.-M.U

Théâtre du Lucernaire, à 19h00, jusqu’au 20 février 53, rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris. Loc: 01 45 44 57 34.